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Paul Moreira
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par Anne Marie MARTINS DE SOUSA
Anne Marie Sousa
(mail : martinsdesousa@portugalvivo.com)


Paul Moreira Pour les abonnés de Canal+, l’auteur de ce livre est certainement familier. Paul Moreira est au sein de sa profession un homme atypique et sans concession. Né au Portugal, il est élevé par sa grand-mère. Il a trois ans quand ses parents le ramène en France. Déraciné, il dit avoir passé des années à essayer de trouver l’interrupteur qui allumerait ce pays triste et gris. Après une scolarité sans histoire, il passe son bac, et enchaîne les petits boulots ingrats. Mais ayant vu trop d’injustices, il reprend ses études et devient journaliste. Il collabore à différents journaux. Reporter, il couvre de nombreux conflits et se taille une solide réputation d’homme de terrain. Il devient membre de l’agence Capa et participera par la suite au "vrai journal" de Karl Zéro avant d’être à la tête de la rédaction de l’émission 90 minutes et de devenir l’un des rédacteurs des lundis de l’investigation. Ce journaliste pugnace au parcours brillant nous relate dans son premier livre, ETAT DE CHOC, une histoire déchirante, où il montre l’impuissance d’un homme confronté à l’opacité d’un monde médical, abusif et arrogant. Un homme face à un drame dont on ne veut rien lui dire.

ETAT DE CHOC est une histoire vraie ?
Oui, c’est une histoire qui m’est arrivée. Ma femme accouchait de notre deuxième enfant, mais la délivrance s’est très mal passée. Le travail a été très long et après cette naissance, elle a fait une hémorragie qui l’a laissée entre la vie et la mort durant plusieurs heures. Ce sont ces moments que j’essaie de faire revivre, mais je voulais surtout décrire l’attitude du corps médicale vis à vis de moi.

C’est un livre assez percutant où il vous arrive de confronter monde médical et monde journalistique ?
Ce livre est conçu comme un journal, le style en est vif et incisif parce que tel le veut l’histoire, c’est une course contre la mort et chaque étape : me rappelait certains moments que j’ai vécu en tant que journaliste. Mais c’était peut être aussi la seule manière pour moi de m’en sortir nerveusement. Attendre devant une porte close, attendre en vain des explications qui ne viennent pas c’est terriblement effrayant.

Mais dans votre métier vous avez été confronté bien des fois à la mort, ne peut –on y voir une comparaison ?
Non le regard de l’un et l’autre est différent. Pour le médecin c’est un élément de son travail, c’est quelque chose contre laquelle il lutte tous les jours. Il l’envisage je pense comme un échec personnel. , parce que son boulot, c’est de retenir la vie. Le journaliste n’est qu’un témoin et par ailleurs cela ne concerne que quelques uns d’entre nous.

Pourtant pour en parler vous utilisez des termes médicaux : "on se cautérise la conscience" est-ce juste un effet de style ?
J’ai fait des reportages dans des pays en guerre, j’ai vu des cadavres, mais dans le feu de l’action ils deviennent presque des volumes, je n’ai pas d’empathie avec eux. C’est terrible à dire mais tant que la mort ne vous touche pas de très près on n’en a pas réellement conscience. Jusque là je n’avais jamais incorporé l’idée d’absence. Pas ma propre mort, mais celle des êtres qui me sont les plus proches.

Pourquoi avoir écrit ce livre là, pourquoi pas un roman ou tout autre type de fiction ?
D’abord qu’on ne s’y trompe pas, ce livre est un livre sur le pouvoir, le pouvoir que s’abroge certains médecins condescendants et que je voulais dénoncer ça, déformation professionnelle sans doute. Je me suis retrouvé impuissant face au pouvoir symbolique que s’octroient ces médecins. On le voit dans leur manière de parler au patient, de retenir les informations, choses auxquelles en tant que journaliste je suis confronté tous les jours. On est face à des personnes qui organisent le théâtre de leur puissance et qui sont comme vous et moi, c’est à dire faillibles, médiocres et parfois géniaux. Ce que je veux dire c’est qu’il faut toujours questionner. Je leur ai cassé les pieds, mais je me rends compte avec le recul que j’aurais dû être plus casse pied encore. Attention ce n’est pas un livre contre la médecine, non, il y a des médecins formidables, ils ont sauvé ma femme, et malgré tout ils sont restés modestes. C’est vraiment contre le pouvoir de certains que j’ai voulu m’insurger.
C’est une des raisons qui a fait que j’ai écrit ce livre mais aussi parce que cette histoire me hantait un peu et que ma femme en a été traumatisée. Si on fait le résumé des éléments essentiels de ces 48h c’est énorme. Ce son t les instants cruciaux de la vie qui se percutaient :la naissance d’un enfant, la mort éventuelle de sa mère, et à ce même moment une réunion importante qui déciderait de la survie de mon émission. Quand il vous arrive ce genre de chose ça permet de redéfinir les véritables priorités de votre vie

A quoi peut-on se raccrocher dans ces moments là ? Vous parler de Dieu aussi…
Dans ces moments extrêmes, vous pensez extrême, vos idées sont contradictoires et s’entrechoquent et j’ai essayé par mimétisme de retranscrire dans un style écrit l’état de grande confusion dans lequel je me trouvais. D’où mon allusion à Arthur Koestler en préface. Ce qui a été écrit ne correspond pas obligatoirement à ce que je pense au quotidien, , j’ai travaillé le texte de manière à démontrer un état d’urgence. Je voulais faire ressentir le vertige que c’est de perdre quelqu’un ;Dans ces moments là on se raccroche à n’importe quoi même à Dieu. Moi qui suis agnostique je me suis retrouvé en train de prier. Je crois en une entité qui régit une certaine harmonie, mais c’est tout.

Votre livre raconte aussi une formidable histoire d’amour, histoire que vous revivez comme des flash back pendant tous ces moments pénibles et qui vous permettent de ne pas sombrer dans une certaine folie…
Se raccrocher aux gestes du quotidien, revivre les petites choses, vous imprimer des rires et des sourires de la personne qui vous échappe est essentiel.

Vous dites qu’écrire rend la parole et soigne. Vous avez vécu ce livre comme une nécessité ?
En fait j’étais en train d’écrire un autre livre mais je pensais sans arrêt à cette histoire, tout résonnait parfaitement en moi et puis ça a pris une forme littéraire. Je pensais au début écrire quelque chose de court, style nouvelle. Je me suis rendu compte que ça m’avait permis d’exorciser un événement dont je n’arrivais pas à parler. De cette expérience est né un livre, un objet que je peux scruter et analyser de tous cotés. Ce texte a été comme un écho chez certains lecteurs car j’ai reçu énormément de courriers, de témoignages venant d’hommes ayant vécu la même chose. Il faut savoir qu’il existe un pourcentage de 100 cas de délivrances mortelles en France chaque année.
Ça fait trois ans déjà que se sont déroulés ces évènements et pourtant je ressens toujours la présence de la mort. Ca permet aussi d’être conscient du cadeau formidable qu’est la vie. Il faut se dépêcher de vivre et faire ce qu’on a à faire avec urgence et sans se prendre la tête.




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