Accueil>interviews
Luis Rego
www.portugalvivo.com
par Anne Marie MARTINS DE SOUSA
Anne Marie Sousa
(mail : martinsdesousa@portugalvivo.com)


Luis Rego Luis Rego est un personnage oh ! Combien atypique pour celui ou celle qui connaît son parcours. A 59 ans et plusieurs métiers (musicien, scénariste, acteur, comédien, humoriste, homme de radio), il nous reçoit chez lui en toute simplicité. Rencontre avec un homme méconnu, touchant et sensible qui jette néanmoins un regard très réaliste sur le monde du show bizz dans lequel il évolue. Actuellement en tournée avec une pièce de Jane Marlon :
UN SIMPLE FRONCEMENT DE SOURCIL, il sera prochainement à l’affiche avec un long métrage tiré d’une œuvre de San Antonio aux cotés de Gérard Lanvin et Gérard Depardieu.

Vous êtes né au Portugal en 1944 et vous quittez Lisbonne à 17 ans. Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance salazariste ?
Souvenirs pénibles, très pénibles. Nous étions tout un groupe d’amis appartenant à des milieux sociaux très différents. Certains étaient pro régime tout en le critiquant bien entendu. Mais quand on est gamin c’est un état de choses .C’est un état de fait auquel on s’habitue quelque part. Après quand on grandit on prend conscience que par rapport au monde il y a quelque chose qui ne va pas.

Que représentait la France pour vous en ce temps là. Etait-ce le pays des libertés ?
La France à ce moment là ne représentait pas grand chose pour moi. Comme je ne lisais pas ou très peu, la France dans mon esprit n’a existé qu’à partir de mes 15 ou 16 ans.
Surtout à cause du mouvement né de la nouvelle vague dans les années 60. Sinon toutes les références culturelles que nous avions étaient anglo saxonnes.

Vous faisiez de la musique à l’époque !
On adorait faire de la musique, mais imaginer un pays où il n’y avait même pas de guitare électrique à vendre !!!

Où toute forme réelle de culture était proscrite…
Tout était infaisable

Alors pourquoi la France et comment la France ?
C’est un pays qui vient à l’esprit un peu par nécessité pratique.

Avez- vous le même parcours que beaucoup d’immigrés clandestins de l’époque ?
Pas vraiment, mais tous ceux que je connaissais, avaient comme point de chute Londres ou Paris. Mon départ était lié à mes convictions politiques. Mon père était républicain et complètement antisalazariste. Il n’était pas question pour moi d’aller faire le militaire pour défendre une colonie telle que l’Angola. L a motivation c’était : fuyons on est pas d’accord avec ça. Alors la France pourquoi pas.
En fait je voulais aller en Suède où j’avais une correspondante .Je pensais ainsi débarquer dans un pays où je connaissais quelqu’un. Malheureusement mon budget n’était pas à la hauteur de mes ambitions et faute d’argent je me suis arrêté à Belfort. (Rires)

Qu’elles étaient vos envies à cette époque ? Rêviez- vous déjà d’une vie d’artiste ?
Je ne prétendais à rien et n’avais encore envisager aucun avenir. Certes j’avais fait un peu de musique mais je savais à peine plaquer quelques accords. C’est par pur hasard et par le biais de rencontres que les choses se sont faites. Mais quand je suis arrivé à Paris j’ai dû bosser. J’ai connu l’usine.

Avec vos envies de liberté, aller travailler à la chaîne…
Nécessité fait loi, que voulez-vous ? C’était un travail très pénible et très mal payé mais je l’ai fait pendant un an. Ensuite j’ai fait des petits boulots à droite et à gauche. Celui que j’ai gardé le plus longtemps : une place d’aide plongeur à Censier. J’ai tout fait dès lors afin de rencontrer des musiciens et de m’incruster dans un groupe ou en créer un. Ce que j’ai fait.

C’est comme ça que sont nés les PROBLEMES, que vous fondez lorsque vous rencontrez Gérard Rinaldi. Etait-ce plus dur à l’époque qu’aujourd’hui ?
Je ne le pense pas. C’est surtout une question de mode. Savoir si on va plaire ou pas. C’est très aléatoire. La seule différence à l’époque c’est que le rock était plutôt une musique dissidente. L’explosion a eu lieu ensuite avec l’arrivée des yéyés et de gens comme Johnny Halliday. Oui le rock à l’époque c’était hors la loi.

C’est encore votre esprit de contestation qui vous guide dans cette voie ?
Il n’y a aucune contestation la dedans, il y a juste mon goût

Pour vous un artiste doit faire de la politique ?
Un artiste fait toujours de la politique même s’il s’en défend et surtout s’il s’en défend. Comment se fait-il qu’on étale sa vie entière, ses états d’âme foireux et nuls bien souvent, qu’on raconte jusqu’au bout de son nombril et de sa propre intimité et qu’à la question pour qui votez-vous on vous réponde que cela fait parti de votre vie privée. C’est quand même d’une hypocrisie rare non ?

Mais parlons plutôt de vous. Après les PROBLEMES, qu’est ce qui se passe ?
Les PROBLEMES deviennent les CHARLOTS. La chenille devient papillon. Tout est arrivé assez fortuitement d’ailleurs.

Comment de musicien Luis Rego devient acteur ?
Ca ne s’est pas passer comme ça en fait .Les Charlots étaient au départ un groupe parodique. On a commencé par hasard par une parodie qui a eu du succès et à ce moment là on nous a propose du travail. On s’est improvisé artistes de music hall. Nous proposions des numéros musicaux burlesques. Nous étions des clowns en quelque sorte. En fait nous nous sentions plus proches d’un groupe italien qui s’appelait les BRUTOS dont est issu Aldo Macione.C’est à la suite de cela que le cinéma s’est intéressé à nous .Nous avons tourné ainsi LA GRANDE JAVA et LES BIDASSES EN FOLIE. Par la suite j’ai quitté le groupe je souhaitais faire autre chose.
J’ai enchaîné après avec des comédies à succès comme LES BRONZES et LES HOMMES PREFERENT LES GROSSES, de Poiré et Balasko.

Vous n’en avez pas eu assez de jouer les ‘’bouffons ‘’ pathétiques ?
Lorsqu’un bouffon est bon on ne lui reproche pas d’en être un. Il ne viendrait à l’idée de personne de reprocher à Charlie Chaplin d ‘avoir été un bouffon toute sa vie. Non la vrai question : c’est pourquoi avoir jouer dans des choses pas convaincantes et pas très intéressantes. ?

Pourtant il y a eut Maine Océan qui est devenu un film culte et Cœur Fantôme ou vous interprétiez un rôle absolument magnifique. Rozier et Garrel les réalisateurs ne sont pas fous tout de même.
Vous savez les acteurs ne sont que des produits sur un étalage de marché et les clients en sont les producteurs.

Vous vous considérez comme un produit ?
Mais nous sommes tous des produits. Les réalisateurs dont vous parliez sont des personnes un peu hors normes, ils ont toujours des idées que les autres n’ont pas. Quand Pialat choisit Dutronc pour jouer Van Gogh on se dit que c’est une plaisanterie et quand on voit le film c’est une pure merveille. Pour les deux film en question il est clair que je n’ai pas été l’objet d’un consensus immédiat .Il s’agit de rôles à contre courant.

Justement comment avez- vous appréhendé ceux-ci ? Est –ce que Rego faisait l’acteur ou est-ce que Rego était toujours Rego .Autrement dit s’agissait –il d’une facette réelle de votre personnage que vous ne vouliez pas montrer ou bien personne n’avait su l’exploiter auparavant ?
Le problème est de savoir si je suis un acteur ou un comédien. On dit de l’acteur que s’est celui qui joue toujours son personnage, et qu’il ne joue que sur un ton : celui de sa propre personnalité qui est suffisante pour entrer dans n’importe quel rôle. Au contraire, le comédien lui, peut vraiment se transformer, se transcender et donner l’impression d’une autre personne et de varier vraiment les comportements malgré son physique et sa voix. L’important pour moi c’est de jouer et d’aimer jouer. Alors acteur ou comédien, l’essentiel c’est de faire de son mieux.

Vous êtes- vous senti piégé par votre physique et a- t-il été une entrave à votre carrière ?
Dans un premier temps non. C’est après qu’on se rend compte qu’on se laisse enfermer dans certains types de rôles et qu’il est dur de faire comprendre aux gens qu’on peut jouer autre chose.

Avez-vous des regrets ?
Non pas du tout. Je me sens faire partie d’un tout qui m’échappe totalement. Quand on fait des choix ça veut dire qu’on peut les faire. Moi je n’ai pas souvent été en mesure d’en faire. D’abord parce que j’ai beaucoup travaillé en groupe et quand ce n’était pas le cas c’est la nécessité qui dominait tout. Le comédien qui n’est pas très demandé attend. Il n’y a pas d’autres moyens d’attendre que de faire quelque chose car on ne joue pas la comédie tout seul chez soi.

Vous êtes quand même un touche à tout de talent, radio avec LE TRIBUNAL DES FLAGRANTS DELIRES, auteur de pièces comme VIENS CHEZ MOI J’HABITE CHEZ UNE COPINE ou FROMAGE OU DESSERT qui ont connues un succès international. Alors à quand la prochaine ?
Cela fait dix ans que je me bats pour monter une pièce, mais allez savoir je me heurte à la production théâtrale. C’est des choses qui m’échappent totalement.

Tout est toujours à refaire, rien n’est jamais acquis…
Ca dépend pour qui ! …rires…¨Pour certains tout est hallucinant de facilité pour d’autres c’est beaucoup plus dur. Si c’est le talent il faut se résigner, je ne vois pas d’autre issue à cela.

Quelles relations avez-vous avec votre pays d’origine : le Portugal ?
Je vais au Portugal tous les ans et j’y retournerai toujours. J’y ai des habitudes et puis retrouver ses racines, savoir qui on est et d’où on vient c’est important.

Quels sentiments vous procurent le Portugal d’aujourd’hui quant à son évolution culturelle ?
Avant tout j’aime la langue et la littérature de ce pays. Malheureusement on fait encore trop peu en ce qui concerne le développement artistique. L’art que se soit la peinture, la sculpture, le cinéma ne sont pas assez subventionnés ; alors à part vendre des tee shirts frappés du drapeau américain ! Avec les moyens qu’ils ont je ne sais ce que les artistes pourraient faire d’autre.



Site Officiel de Luis Rego : luis-rego.com



Versão Portuguesa
Versão Portuguesa

www.portugalvivo.com
Accueil>interviews
Tous droits réservés (Portugal Vivo®)
Ce site ainsi que sa charte graphique sont protégés par un copyright© international qui interdit toutes reproductions mêmes partielles.
La société Portugal Vivo® est habilitée à poursuivre toutes personnes morales ou physiques violant le copyright©
PORTUGAL VIVO - 102 avenue des Champs Elysées, 75008 Paris - France